Marathon d’Albi 2016…CR…

L’avant course

Le réveil sonne à 3h30, une heure plus tard nous voilà partis…le trajet pour rallier Albi en partant de chez nous n’est possible qu’en traversant des petits patelins et est composé essentiellement de routes sinueuses…ayant embarqué ma « Crème Sport Dèj' » je comptais déjeuner dans la voiture mais plus le temps passe moins j’ai faim, je me fais rappeler à l’ordre par coach-chéri, je mange un peu mais ça ne passe pas trop, j’ai mal au ventre, j’ai mal au coeur et je me pèle de froid, voilà pour le tableau non idyllique de mon trajet vers cette épreuve…

Nous récupérons nos dossard et nos jolis t.shirts auprès de bénévoles bienveillants…j’avais imaginé partir à la recherche de W@sp que je suis sur twitter mais je suis tellement mal dans mes Hoka à ce moment là, tellement patraque que j’en suis à me demander si je vais pouvoir courir alors je reste au chaud dans la voiture, il fait un froid de gueux dehors, je suis quasi à jeun, je ne peux rien avaler tellement je suis nauséeuse, voilà pour pour parfaire le tableau non idyllique de mon avant course…je rejoins l’arche au tout dernier moment et curieusement ça va mieux…

La course:

j’ai une fâcheuse tendance à ne jamais rien voir de mes parcours mais là, j’ai fais un effort, j’ai vu Albi… sauf la cathédrale, va comprendre…c’est beau, c’est rose et surtout il y a de la place pour courir sans se bousculer..bien sûr question ambiance, ça n’est pas La Rochelle mais c’est beaucoup moins tendu du coup, je sens le peloton heureux, calme et concentré …un joli jet d’eau, des rues pavées, des maisons à colombage, quelques supporters le long du chemin, les 1ers kilomètres défilent et puis nous attaquons une descente, je note dans un coin de ma tête qu’après 4h30 de course, quand je ne serais plus qu’un vieux tas d’os fourbu, il me faudra remonter ça….Je suis avec les coureurs du semi qui n’ont pas encore fait leur demi-tour et nous nous faisons doubler par les 1ers « 10kms » applaudis par un public pas du tout impressionnés par l’allure de tortue du peloton dans lequel je me trouve, tant pis…je continue ma route et puis nous arrivons dans la campagne…

Je suis toujours avec les « semi » et je commence à flipper un peu en me demandant si je ne me suis pas trompé de chemin, une éternité stressante et je comprends que non, il y a beaucoup plus de participants sur le semi-marathon que sur ma distance, c’est tout et le gros de mon peloton est assez loin devant moi…

les « semi » font leur demi-tour, je continue tout droit, en rase campagne, sur une route magnifique, totalement seule au monde…et paf! j’ai super envie de faire PIliPIli…je déniche un petit coin..je cours en short et bien sur je ne vois pas que je suis sur un carré d’orties…aîe…

Je gère mon AS 42  et ça me parait assez long, j’ai passé le km 10 en 1h06… même en n’étant pas une flèche je pourrais aisément accélérer mais je sais de par ma minuscule expérience que ce n’est vraiment pas le moment, c’est assez dérangeant car je sais aussi que bien plus tard ce ne sera surement plus possible, je l’accepte et je continue ma route….

Voilà le 1er tunnel…environ long d’un kilomètre, je m’engouffre dans le noir et je perds immédiatement tous mes repères, le satellite rend l’âme, il y fait noir comme dans un four, de l’eau suinte du plafond, j’entends des motos arriver, je me plaque le plus à droite possible et les kényans déboulent en face de moi, rapides, silencieux et majestueux… je suis à nouveau seule dans mon tunnel et j’y suis bien, portée par la magie de cette expérience…

Le soleil après la noirceur, la température a un peu augmentée, ça cogne un peu…légèrement exaltée je continue mon chemin,  un bénévole sur le bas coté me conseille gentiment de ne pas hésiter à m’hydrater « car il va faire chaud dans la montée » j’enregistre ces deux mots associés « chaud » et « montée »,  hum,c’est quoi ce pays ou les courses ne sont jamais plates et où le temps change en deux temps trois mouvements?

Ayant fait un petit voyage astral mes souvenirs m’amènent directement à ce moment, (sans passer par le deuxième tunnel qui est tout aussi sombre que le premier mais un peu plus court) où je m’aperçois que mon dossard est en piteux état et n’est plus reliée à ma ceinture que d’un seul coté, ça c’est le truc désagréable que je ne souhaite à personne…pendant un certain temps je vais essayer de le coincer comme je peux , mais il veux pas…Je me dis alors que je ferais mieux de l’arracher et le ranger dans ma ceinture porte-bidon, commence alors un long dialogue intérieur:

« ouai, mais courir un marathon sans dossard c’est pas possible, même avec une puce au lacet »

« ouai, mais dernièrement un petit coquelicot vert a couru son semi sans dossard et n’en a pas fait tout un plat »

« ouai, mais moi je peux pas! »

je passe devant  un ravito positionné en double donc des deux cotés de la route, je demande de l’aide sans m’arrêter en expliquant le problème, un bénévole me dit que au retour il aura déniché ce qu’il faut et pourra m’aider, je serais alors au 25ème km..je continue ma route et à force d’entêtement je finis par coincer définitivement ce fichu dossard de manière à ce qu’il ne bouge plus…bon, bien sûr on ne voit plus le n° mais tant pis, au pire en franchissant la ligne je le brandirais…il est temps que je passe à autre chose…

Enfin le 1er semi s’annonce, je fais demi tour en donnant de vive voix mon n° de dossard, quelques plaisanteries masculines et grivoises relatives à ce n° (69) et me revoilà en route, j’en suis à la moitié, mon marathon commence…

Si je n’ai à aucun moment senti le vent que j’avais dans le dos, en revanche de face, je le sens bien, mon allure chute alors immédiatement me faisant perdre par la même occasion l’espoir de garder mon AS 42 tout le long…mais ce n’est pas trop grave car malgré tout je me sens relativement bien, enfin autant que faire se peut après 21kms…pas d’hypo grâce à mes pâtes de fruits embarquées et que je boulotte toutes les heures une par une…pas de crampes ou autres inconfort car je pense avoir bien géré mon alimentation les jours d’avant et mon ravito personnel liquide fait son petit effet…tout va bien, j’ai juste un peu hâte d’arriver au 30ème…

J’ai un coureur en ligne de mire, assez loin devant moi et je grignote peu à peu l’espace qui nous sépare…nous reprenons les deux tunnels, ça, ça m’éclates bien, je trouve ça amusant, c’est un peu comme si le corps se mettait en pilotage automatique… et puis l’air libre à nouveau, mais sans soleil, de la grisaille et du vent plutôt…je ne suis plus qu’à quelques mètres du coureur devant moi, je le double…un peu plus loin je double encore deux ou 3 personnes dont 2, qui ont semble t-il un peu renoncé et qui marchent en papotant…d’ordinaire ça me fiche un peu en colère ça, mais je les laisse à leur triste sort, ils n’avaient qu’à partir plus doucement,c’est bien joli les chronos ambitieux, encore faut il se donner les moyens d’y arriver…et vlan! encore une concurrente qui marche, je la double,ça semble la remotiver un peu, elle trottine à mes cotés, me dit qu’elle a froid, qu’elle est complètement gelée,j’échange quelques mots puis je la sème, le coureur qui était en ligne de mire tout à l’heure arrive à ma hauteur et me redouble légèrement, je lui repasse devant, on fera ça deux ou 3 fois  puis nous voilà en compagnie d’un autre coureur rencontré en chemin, nous courons désormais tous les 3 ensemble, le 3ème décroche nous ne sommes plus que deux côte à côte et nous allons parcourir ensemble la quinzaine de km restants…

Nous ne faisons plus nos malins, aucun de nous deux ne cherche maintenant à doubler l’autre, je crois que nous avons compris que nous sommes, par la force des choses, non plus des concurrents mais au contraire des alliés de galère, compagnons sportifs des kilomètres les plus terribles d’un marathon, les 12 derniers…nous n’échangeons que quelques mots mais je le sens très concentré et déterminé à finir en courant, puisque je veillais à n’absorber  que de l’énergie positive, ça me va, je le garde comme compagnon de course et je ne chercherais pas à le fuir, lorsqu’il décroche un peu ou s’arrête à un ravito il me rejoint toujours…

Je suis dans le dur.. j’ai mal aux pieds (je ne le sais pas encore mais j’ai plusieurs ampoules)  et je pense  qu’il faudra surement m’amputer à l’arrivée, au dos aussi mais je maintiens le cap, et voilà que débarque une p****n de douleur au genou bien angoissante… je dois faire un peu peine à voir car tout de même un bénévole me demande si tout va bien en me voyant grimacer certainement, mais ça va… une autre bénévole un peu plus loin à qui je dis que je commence à en avoir raz la carafe me suggère de marcher, cri du coeur instantané:

« ah non! je viens faire un marathon c’est pas pour le faire en marchant!!!! » 

Nan mais ça ne va pas la tête!!! elle est  gentille cette dame et je ne lui en veux pas mais elle ne doit pas courir souvent pour me dire un truc pareil, je suis une coureuse, pas rapide certes mais une coureuse quand même…boudu! mais que c’est énervant des idées pareilles véhiculées en fin de parcours, du coup tiens, me voilà reboostée, la rage au ventre…

Nous entrons désormais dans Albi et ça c’est traître pour un cerveau embrumé par les kilomètres..

Entrer dans la ville signifie que l’arrivée est proche, ouai, mais combien de temps et donc combien de  kilomètres parcourus avant que je n’en sorte au matin? je ne m’en souviens plus…j’ai bien ma Garmin au poignet mais en cette fin de parcours, d’autant que la satellite à décroché dans les tunnels, je ne sais tout de même plus trop où j’en suis…

Chaque bip de mon GPS m’indiquant un kilomètre parcouru est une joie, et pour moi qui n’ai pas une ouïe très fine je t’assure que j’étais très appliquée à les entendre et à ne pas en rater un seul…

6…5…4 km restant…je souffre et je n’en peux plus, je râle un peu aux changements de direction car les bénévoles qui ont eu la gentillesse et la patience de se tenir tenir debout dans le froid pendant de longues heures commencent à être un peu moins attentifs, on les comprend…je râle un peu mais je remercie quand même, pour le sourire il est surement un peu en coin et pas forcement très expressif …

« plus que 2km » nous dit un bénévole… que je ne crois pas du tout… je pense tout bas que je ne suis plus un lapin de 6 semaines et qu’on ne me la fait pas à moi, ça non…

Plus qu’un 1km, mais ça n’avance pas…

500m! j’ai envie de pleurer….

Nous entrons dans le stade, je demande à  mon co-équipier d’un jour si nous allons devoir faire un tour de piste complet:

« je crois que oui »

« allez! c’est parti, on y va! »

« allez !!! « 

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J’accélère, surtout pour le fun, j’aurais aimé passer la ligne d’arrivée en même temps que ce monsieur mais je creuse un peu l’écart (16″ à l’arrivée)  malgré tout et surtout malgré moi…

Je passe devant l’estrade d’un podium d’où une gentille bénévole me tend à la volée un bouquet de fleurs…

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Encore quelques mètres à parcourir et ça y est, c’est fini, je fonds en larmes, j’ai 50 ans et des brouettes et je viens de terminer mon deuxième marathon en 5h09’59 » (temps réel) après moins de 3 ans de course à pieds…

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29 commentaires sur « Marathon d’Albi 2016…CR… »

  1. Que d’émotion j’ai versé ma petite larme en lisant ton arrivée! Encore une fois un immense bravo je suis totalement admirative!
    Maintenant j’ai hate d’être sur la ligne de départ dans 15j (ou plutot sur la ligne d’arrivée)

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    1. merci de m’avoir lue ma belle, moi je suis un peu en retard dans la lecture des CR je m’y remets demain, coach-chéri m’a dit qu’il avait lu ton dernier billet mais j’avais le cerveau un peu embrumé hier soir..je te souhaite autant de bonheur et une aussi belle course que celle que je viens de vivre ;o))

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    1. merci…ah ouai, c’est super génial et ça donne des fourmis dans les jambes le lendemain…j’ai attendu qu’il soit 4h et je suis partie faire mon décrassage cet après midi, boudu que ça fait du bien!!!

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  2. Et bien moi aussi j ai versé ma petite larme … 51 ans bien sonnés pas encore fait de marathon mais y songe bien fort 😉 Merci de faire des CR de vos marathons vous savez si bien les raconter qu’on peut les vivre un petit peu , je dis  » un petit peu  » car j imagine le,ressenti mais n ayant pas vécu cette expérience je pense que je pourrais employer d autres mots si j en fais un 😜
    Un grand Bravo 👏🏻 en tout cas pour ce marathon 😚

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    1. Bonjour Véronique et bienvenue sur mon blog..l’aventure marathon je ne peux que vous encourager à la tenter, c’est fabuleux si l’on s’en donne vraiment les moyens…
      merci de m’avoir lue et merci pour votre gentil commentaire ;o))

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  3. Oh pétard ma Coco ! Bra-vo !
    Comment tu peux être fière de toi !? En tout cas je suis super ravie et toute émue de te lire … toujours un plaisir.
    Je me répète mais : « quand je serai grande, je veux être toi ! »
    Bises ma Coco 😉

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  4. E-P-IQUE et DAN-TESQUE ce sont les deux mots qui me viennent à l’esprit en lisant ton CR. Et pourtant Albi est une si jolie ville ! Rien d’avoir rallié l’arrivée est un exploit que je salue et je saurais m’en rappeler quand mon tour viendra. Par contre partir à jeun ça fallait oser. Encore bravo !

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    1. merci….
      hum, à jeun effectivement ce n’est pas conseillé, heureusement je ne l’étais pas tout à fait à 100% car j’avais quand même avalé quelques petites cuillères de ma crème sport dèj’ et surtout tous mes doutes quand à la pertinence de ma stratégie alimentaire d’avant course se sont envolés en route car ça m’a aidé c’est certain, à la rochelle, malgré un petit déjeuner copieux j’avais subit une belle hypoglycémie au 25ème kilomètre, comme quoi…

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  5. Très émouvant, j’ai la larme à l’oeil (mais je me retiens parce que mes collègues vont se poser des questions !)
    Félicitations ça n’a pas du être facile ! surtout avec ces foutus tunnels !

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  6. Pfiou t’es arrivée légèrement stressée sur cette course LOL
    Ils sont bien passés ces tunnels dans le noir finalement !
    Ah ah Coco qui double sur un marathon et vlan ^^
    Moins de 3 ans de course à pied ? Beh pétard je savais pas qu’on avait commencé en même temps ! Tu peux être très fière de ton parcours !
    Tu l’as géré comme une championne ce 2eme marathon alors je te dis un grand bravo !!!

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    1. nan, nan, nan, zero stress à l’arrivée, j’étais juste fourbue moulue comme quelqu’un qui vient de courir 5h et qui aimerait bien voir l’arche avant de mourir quand même, ahahah! c’est long 5h!
      J’ai fait ma 1ère compétition, en septembre 2013, un 5km non chronométré (c’est mon père qui avait relevé le temps sur sa montre je crois) et comme tu le sais je n’ai jamais arrêté de courir depuis et ce n’est pas près de s’arrêter…
      Ce marathon n’était vraiment pas facile mais il n’en reste que du bonheur ;o))
      merci pour tes mots ma belle …

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  7. Tu es une personne incroyable, il n’y a pas longtemps que je te connais et j’espère pouvoir te le dire un jour de vive voix, TU ES UNE BELLE PERSONNE. Bravo à toi pour cette belle performance et pour ton 2em marathon. Tu peux être fier de toi et assurément tu seras un de mes moteur pour la préparation de mon premier marathon. Encore BRAVO et surtout bonne continuation.

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    1. Ronhnny, merci 1000 fois pour ces mots qui me vont droit au coeur, crois moi… et je serais aussi ravie de les entendre de vive voix….j’espère que tu appréciera autant que moi ta prépa et ta course, vraiment…bonne continuation à toi également…

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  8. Bravo pour ce super CR, tu déchires tout !!! La fin a l’air d’avoir été très émouvante… tant mieux 🙂
    Je te comprends totalement pour le dossard, j’ai tellement eu l’impression de tricher et d’être une intruse ! Comme quoi parfois un bout de papier change beaucoup de choses 🙂

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    1. merci ma belle…
      rholàlà, si tu savais comme j’ai pensé à toi pendant les longues minutes de ce marathon pendant lesquelles je n’arrivais pas à me dépatouiller de ce fichu dossard qui pendouillait, j’avais beau me dire que le plus important était de franchir la ligne, surtout qu’en plus nous avions une puce au lacet, mais non, rien à faire, je n’ai pas eu ta zénitude à ce sujet…oui la fin a été magnifique, je suis encore un peu à Albi d’ailleurs ;o))

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  9. Bravo!! ton CR m’a tenu en haleine jusqu’au bout de l’émotion de ce marathon !
    J’ai adoré ta réaction quand on te propose de marcher pour finir! Quand c’est deja dur d’avancer, que tes jambes ne demanderaient que de marcher… Bon electrochoc que de se le faire proposer! 😀

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  10. Je n’avais pas encore l’occasion de lire ce fameux compte rendu, mais Coco, tu es une warrior ! Quel volonté, quel courage et quelle émotion cette dernière image de toi à l’arrivée !

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