Marathon d’Albi 2017…mon CR….

L’avant course

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Nous nous sommes levé à 3h30 du matin, la nuit fut très courte… départ à 4h30 pour parcourir des petites routes sinueuses jusqu’à Albi…je prévois comme l’an passé de déjeuner en voiture, j’embarque donc ma crème sport mais comme l’an dernier, rien ne passe… j’arrive à Albi avec le coeur au bord des lèvres, malade comme un chien… nous sommes sur le site de la course, plutôt en avance, il nous faudra donc attendre un peu pour la remise des dossards, ce n’est pas grave, nous allons et venons, ici ou là….je reconnais et salues le monsieur avec lequel j’ai terminé la course l’an passé puis j’échange quelques mots fort sympathiques avec le responsable de l’épreuve….nous décidons de retourner à la voiture pour nous mettre un peu au chaud avant de  reprendre nos licences en main pour retourner ensuite au village marathon…et là, c’est le drame…mon pass-running n’est plus dans mon sac, ni dans mes mains, ni dans mes poches, bref, j’ai perdu mon pass-running…branle-bas de combat, nous refaisons le parcours de tout à l’heure, à l’envers… toujours rien, je pars demander à une gentille bénévole qui distribue les dossards si personne ne lui a ramené mon pass-running, bingo! tout est à nouveau sous contrôle, le coup de chaud est passé…nous retrouvons mary et sa petite famille, le temps passe vite, il est déjà presque l’heure du départ…voici franck qui apparait…on se dit qu’on a une chance folle, que le temps va être magnifique, pas trop chaud, pas de vent…et c’est justement à ce moment là que ça commence à souffler…

la course

le départ est commun pour les semi-marathoniens et les marathoniens, je pars du fond et à jeun…dès le début je suis dans le rythme que je me suis fixé mais il me faudra quelques minutes pour être pleinement dans la course…nous allons passer sur une allée pleine de platanes perdant leurs pollens…beaucoup de coureurs s’étouffent, toussent, crachent, larmoient et s’arrêtent pour reprendre leurs esprits, je continue ma route imperturbable..

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crédit photo: Cyril, le chéri de marie

Je commence à me sentir vraiment à l’aise et à ressentir le bonheur d’être là, à courir dans ce joli décors albigeois…les kilomètres défilent, un peu lentement à mon gout mais je tiens à respecter l’allure que je me suis fixé, sur ce point je suis totalement à l’aise, je me sens en confiance, bref, ce n’est que du bonheur…je passe le km 10 en 1h03’31 » (temps prévu sur mon bracelet 1h03″45″) autant dire que je frise la perfection quand à mon tempo…nous sommes sortis de la ville depuis longtemps maintenant et nous sommes donc en pleine campagne…en face arrivent les « semi » qui ont déjà fait leur demi-tour, l’ambiance est détendue et joyeuse, beaucoup, comme moi, attendent de voir un coureur connu arrivant en sens inverse, de l’autre coté de la chaussée…voilà franck à qui je tape la main…un peu plus tard mon coach-chéri…et puis voilà mary, tout sourire…

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crédit photo: marie

je continue ma route encore bien entourée de dossards bleus ou roses et puis la séparation se fait entre les différents formats de course…me voilà un peu plus seule à présent…je me sens toujours très bien et je suis toujours dans un bon tempo…je mesure la chance que j’ai d’être là, je suis bien…je continue d’avancer, à l’aise et voici le 1er tunnel de montagne, long de près d’un km…je m’y engouffre, il y fait noir comme dans un four, je n’ai plus aucun repère, je vois  peu ou même pas du tout  où je pose mes pieds, la sensation est grisante (peut être angoissante pour d’autres, c’est véritablement une expèrience personnelle) et j’adore cette  impression éphémère (et un tantinet virtuelle) de courir vite…à nouveau l’air libre, la lumière, la chaleur et le vent de face (ce dernier ne m’avait pas quitté, même sous le tunnel, va comprendre)…je sors de là toute guillerette, je « kiffe grave » ce marathon , les paysages sont magnifiques, les bénévoles nombreux et adorables, le vent souffle mais ne me gène pas, je garde le rythme, je suis bien, tout va bien, même pas une petite envie de faire PIliPIli pour ternir ce tableau idyllique…je suis entrain de vivre un marathon de rêve, je m’engouffre dans le deuxième tunnel et j’en ressors toujours heureuse….j’ai maintenant un vent de face qui s’est bien manifestement renforcé et je passe le semi en 2h18’35 » (temps cible 2h15’07 » ) …je constate que j’ai un peu de retard mais rien de bien méchant, il me reste environ 1km à lutter contre ce phénomène météorologique avant de faire demi tour, j’aurais alors parcouru un peu plus de la 1ère moitié de ce marathon (soit 22km), j’aborderais cette  deuxième moitié déjà un peu entamée, vent de dos, je rattraperais mon retard, ça va être encore plus le kif….youhouuuu!!!

Je fais mon demi tour devant des bénévoles adorables et sympathiques prenant  note au passage de mon n° de dossard….je parcours environ 200m et là….bim, bam, boum, des briquettes provenant probablement du mur du 30ème commencent à pleuvoir au dedans de ma caboche…

Bienvenue en marathonie…

Toute ma ceinture abdominale est contractée, je tâte et je sens mes abdos durs comme du bois, l’image qui me vient immédiatement à l’esprit ce sont ceux ( les abdos)  de Bruce Lee…ben ouai et tout ça n’est pas de bon augure… et pardon pour la référence sportive datée, mais je suis née en 1965..donc ce sera Bruce Lee…

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Donc j’en suis à me demander ce que viennent faire les abdos de Bruce Lee dans mon parcours puis mon cerveau dévie, parce que en plus d’avoir des abdos bétonnés, voilà qu’arrive un point de coté de la mort qui tue et même pas du bon coté en plus, bref….mon allure se dégrade, mon mental en prend en coup et j’apprends alors à courir un marathon en appuyant là où ça fait mal dans l’espoir que ça passe…et ça passe…mais ça revient dès que je relâche la pression digitale…je vais courir un moment comme ça, je ne sais pas combien de km au juste, le plaisir n’est plus vraiment au rendez vous, je suis seule, j’ai mal au ventre…et pour couronner le tout, pendant quelques minutes mon esprit me jouera des tours à me faire croire que mes doigts de pieds se sont liquéfié…hé ouai ça se passe comme ça en marathonie, parfois, tu y vis de drôles de chose…

Je suis dans un espace temps très étrange, je ne me sens pas fatiguée, simplement je n’avance plus pis j’en ai raz la carafe, alors de temps en temps, je m’arrête, puis je repars, puis je m’arrête à nouveau parce que héhoheinbon, ça va bien là!  on s’en fout du marathon après tout…l’arche d’arrivée OSEF aussi…rien à cirer…puis je me ressaisis, bref, je fais le yoyo un bon bout de temps…je reprends les tunnels sombres et noirs tout dégoulinant de flotte, si kiffants dans l’autre sens mais devenus maintenant si anxiogènes…chaque fois que je stoppe ma course pour respirer un peu, j’arrête le chrono… avec ma Garmin aussi je fais donc le yoyo, parfois je ne sais même plus si le chrono est en route ou non alors j’appuie dessus, au hasard…bref, je défonce comme je peux et au fur et à mesure, le mur qui se dresse devant moi… je passe le 30me en 3h24’28 » (temps cible 3h13’32 ») …j’en bave tellement que j’en oublie l’essentiel, et ça je t’en parlerais  plus bas dans le récit, pour l’heure donc, j’essaye de survivre, je m’arrête désormais à chaque ravito pour manger un bout de banane et stocker au passage, dans un coin de ma tête, les paroles bienveillantes et réconfortantes de tout ces si gentils bénévoles….

A coup de potassium « bananèsque » mes douleurs aux abdos et mon pseudo point de coté ont fini par se faire oublier, un peu…j’avance difficilement, j’échafaude des plans pour me soustraire à mon obligation de terminer ce marathon, ça me distrait, pendant ce temps là, j’oublie que je suis mentalement au plus mal et je continue d’avancer…mais à présent,  le 30ème étant passé, et alors que d’habitude à ce stade de l’épreuve je me sens toujours mieux,  pour l’heure, ça va de mal en pis… je sers les dents, je bouffe de la brique de mur de marathonien jusqu’au 37ème où là, dans un sursaut de je ne sais quoi j’essaie de me convaincre que c’est bientôt fini…tu parles, quand tu te tapes le mur, ben ma cocotte, c’est jusqu’au bout on dirait…c’est bien fait pour ta pomme, tu payes un déficit d’entrainement…à moins que ce ne soit le  départ à jeun , pourtant je n’ai pas faim…ou bien le choix des chaussures….

A force de souffrir j’ai quand même fini par avancer…un peu…et voilà que me vient, alors que j’essaie de calculer le temps que je ferais sur ce fichu marathon ( si toutefois  je parviens au bout)  la question qui tue: au fait, ça fait combien de kilomètre un marathon? 41 ou 42? …bon, pour les  derniers 195m je sais, mais pour le reste je ne me souviens plus et c’est très embêtant pour mes calculs ça, car vois tu, je suis peut être présentement en train de me défoncer la callebasse contre un mur mais n’empêche que j’aimerais bien ne pas faire plus de 5h…avec un marathon de 41km, ouaip, ça peut le faire, si je me reprends un peu…

Je me suis donc un peu ressaisie, je double un jeune homme qui marche et qui me dit qu’il ne peut plus courir, qu’il est blindé de crampe, je lui propose de la  sportenine et je continue ma route chaotique…je demande en chemin, aux bénévoles, le kilométrage qui me sépare de l’arrive…

« presque rien, 4km. »

puis plus loin encore: 

« presque rien 4km »

encore une fois mais avec une réponse différente:

« 4,5km »

Je cours à reculons, c’est officiel…je m’épanche alors auprès de qui veut bien m’entendre:

« j’en peux plus, raz le bol » 

on me remonte les bretelles:

« oh! tu en as fait 38, tu peux bien en faire 4 de plus »

De fil en aiguille j’arrive sur cette longue ligne droite qui annonce l’entrée du stadium où bientôt  je devrais faire alors une partie du tour de piste afin de  passer l’arche…je demande aux coureurs qui ont fini et qui repartent tranquillement combien de mètres il me reste avant l’entrée du stade:

« 800m »

« je ne te crois pas »

« si si, 800m! allez!!! go!!!! »

Je m’exécute, en grommelant que ça fait bien 1heure qu’on me dit qu’il ne me reste que 800m…puis j’entre dans le stade…

Je ne suis que souffrance depuis 2h30 mais dans un sursaut d’orgueil, regardant ma montre et sachant que c’est tout de même bien mal engagé, je tente malgré tout le sub 5h …j’accélère…coach-chéri me dira plus tard qu’il a trouvé ça bien étonnant…je mets ridiculement  mes dernières forces dans la bataille, je vois à ma montre 4h59 et des bananes, je sais que c’est mort pour les sub 5h que j’échange contre un sub 5h01, ça je peux, je le sais, alors je me jette à corps perdu dans la dernière ligne droite, c’est sans conteste un moment un peu pathétique mais je m’en moque…ça y est, j’y suis, à ma montre je passe l’arche en moins de 5h01′, c’est  terminé! mais c’est sans compter mes arrêts de chrono qui faussent donc le résultat annoncé à  ma montre, je ne le comprendrais que bien plus tard …à ce moment là d’ailleurs, le chrono, je m’en fiche un peu finalement, je m’affale sur une barrière de sécurité et je pleure toutes les larmes de mon corps….je ne pleure pas de dépit à cause de ce chrono dont je me moque éperdument à cet instant précis, je ne pleure pas de douleur, je vais bien, c’est fini..nan, je pleure d’effroi au regard de toute la détresse morale et physique que je viens de vivre pour boucler, dans la souffrance , ce 4ème marathon, à presque 52 ans…

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credit photo: coach-chéri

 

Le mot de la fin

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après l’effort, le réconfort…

Puisque je n’avais aucune trace de courbature ni aucune autres douleurs, pas plus que je ne souffrais d’un surplus de fatigue musculaire, j’ai repris l’entrainement dès le lendemain de ce marathon et ce même jour, le lundi 1er mai donc,  je me suis aussi inscrite au marathon de la Rochelle qui aura lieu fin novembre, je n’en ai donc pas fini avec cette distance…je ne suis ni déçue, ni triste, ni frustrée de ce chrono, je n’ai pas le sentiment de m’être loupée, j’ai juste vécue un marathon beaucoup plus difficile que les 3 précédents, rien de plus…

Je suis heureuse de l’avoir fait, je suis heureuse de l’avoir bouclé, je ne perds pas de vue que c’est un marathon un peu spécial et difficile (de par ses spécificités et de par son profil)  pour la modeste runneuse que je suis, j’espère faire mieux une prochaine fois, j’essaierais en tout cas…

Merci aux organisateurs, aux bénévoles et à toutes les personnes présentes sur le parcours qui ont veillé à notre bien être…merci à tous ces kinés et autres chiropracteurs, présents à Albi, qui ont œuvré pendant des heures avec beaucoup d’amour et de patience pour que les coureurs amateurs que nous sommes puissent bénéficier gracieusement d’une récupération optimum…je reviendrais à Albi, c’est certain….

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17 commentaires sur « Marathon d’Albi 2017…mon CR…. »

  1. bon je recommence pour la troisième fois mon commentaire^^ vive l’informatique!
    J’étais tellement contente de vivre avec toi le départ de cette course même si je n’arrêtais pas de parler pour masquer le stress montant.
    Avec ton récit je vis ta souffrance dans cette ligne de retour…Le marathon c’est vraiment une aventure intérieure…
    Ce qui est sûre c’est que je reviendrai à Albi pour la grande épreuve!
    Bravo d’être allé au bout
    En attendant RDV à Marvejols!

    Aimé par 1 personne

    1. merci…
      c’est la toujours la gueguerre des commentaires entre wordpress et blogspot à ce que je vois, bref 😂
      moi aussi j’étais vraiment contente d’être à tes cotés sur la ligne de départ et j’ai adoré te croiser en chemin, souvenir grandiose, merci pour les photos …en principe je le refais l’an prochain, jdçjdr ;o))
      rdv à marvejols, on s’y inscrit le mois prochain ;o))

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  2. Pétard tu as vécu une sacrée course…Et mine de rien, t’as passe la ligne d’arrivée en accélérant !
    Encore bravo pour cette belle médaillé amplement méritée coco !!!! Et je sais que tu prendras te revanche 😉

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  3. Comment ne pas me retrouver dans ton récit. Notre course a beaucoup de similitudes, j’y pense encore. Je mesure donc le courage et l’abnégation dont il faut faire preuve pour ne pas flancher. Bravo Coco tu as min admiration, j’espère que le prochain sera pour toi réussi de bout en bout.

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    1. merci pour ton soutien….le prochain devrait être plus facile, physiquement et mentalement…Albi est exigent et on y court seule sur le deuxième semi car peu de monde y participe, avec pour seul public les bénévoles qui sont très gentils mais qui ne remplacent pas les spectateurs qu’on peut trouver sur d’autres courses, je ne me plains pas, je le savais et j’ai choisi Albi pour cette raison, la rochelle sera plus simple, je l’espère….

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  4. Bravo pour avoir été au bout Coco, ta prépa avait été tronqué et sur cette distance ça ne pardonne. Ton mérite d’être finisher est encore plus grand.
    Par contre, qu’est ce que c’est que cette arnaque d’arrêter le chrono quand tu marches? 🙂

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  5. Encore une fois BRAVO à toi, ton CR est incroyable, quelle motivation tu as, tu est vraiment exceptionnelle et comme tu dis c’était juste un marathon un peu plus difficile mais tu as passé la ligne donc BRAVO. Bonne continuation à toi. 🙂

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    1. oh que oui! celui là c’était l’horreur dans les grandes largeurs…mais bon, un marathon c’est comme un accouchement finalement, on souffre puis à l’instant où ça se termine tout est oublié ;o))
      merci pour ton soutien

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  6. Gros bravo ! Quel mental à toute épreuve ! Je n’ai jamais couru de marathon, pour l’instant seulement 2 semi-marathons. Je ne me sens pas prête à courir cette distance mais je t’admire. Bon courage pour tes futurs entraînements et épreuves sportives.

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    1. merci et bienvenue sur mon blog…il faut se sentir prêt dans sa tête avant de se lancer ce défi et puis surtout ne pas bruler les étapes, une fois qu’on a compris ça, tout est possible …merci pour tes encouragements et au plaisir de te lire ;o))

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