Comment une tortue est devenue marathonienne (par Ma-rie Marathonturtle…)

J’avais envie depuis longtemps d’ouvrir les portes de mon blog à qui voudrait bien y laisser un récit de course…Ma-Rie s’est prêté au jeu, pour mon plus grand plaisir…elle nous raconte ici son 1er marathon, qui a eu lieu en Avril, il s’agissait donc, vous l’aurez compris, du Marathon de Paris 2017….

Vous pouvez bien sur laisser des commentaires sous son billet et vous pourrez aussi retrouver Ma-rie sur Facebook ou sur twitter

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Comment une tortue est devenue marathonienne.

Malgré les remarques de mon entourage, j’ai décidé de me lancer ce défi un peu fou de courir le marathon de Paris.

Après une préparation pas évidente entre blessure, deuil et nouveau poste, il m’a fallu une bonne dose de motivation et j’avoue aussi de repli sur moi pour la mener à son terme mais j’ai adoré ça.

Mon entraineur m’a fait un plan que j’ai trouvé agréable à suivre. Agréable ne voulant pas dire facile mais dans lequel je me suis sentie bien. J’ai adoré les sorties longues, au bout d’1h30 j’étais déjà épuisée mais sereine et le sentiment d’être là où je devais être!

Bref je ne change pas pour autant donc me voilà le samedi 8 avril au matin dans le train avec Stephanie Laure pour Paris en essayant de garder le sourire mais la peur logée au fond de mon estomac. A Niort je retrouve une amie de mon club qui prépare le marathon de Prague, elle tente de me rassurer et de me faire valider que je n’ai qu’un seul objectif finir, ce marathon et rien d’autre, et que par conséquence je ne devais pas me mettre la pression. Bref pendant tout le trajet, une obsession récupérer mon dossard, 1ere étape angoissante pour l’apprentie marathonienne. Apres un rapide repas fait de pâtes et de jambon de poulet, rejointe pas Mumu, un autre amie, nous voilà partie pour le salon du running pour récupérer le précieux sésame. Une queue démesurée, un moment de panique vais-je avoir mon dossard avant 19h00 je précise, il n’était que 15h00 mais quand la peur est là tout est prétexte à la voir ressurgir sous des formes diverses et variées.

Mon précieux dossard dans les mains j’ai pu enfin faire redescendre la pression ….

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Le 9 avril, le réveil a sonné à 6h00 pour être certaine d’avoir bien digéré mon petit déjeuner avant de prendre le départ. Les copines avec qui j’étais venue à Paris émergent en ordre dispersé et finalement une seule m’accompagne au départ.
Je n’en menais pas large… Steph tentait comme elle le pouvait de me changer les idées, de me rappeler le chemin parcouru depuis notre 1er tour de piste à toutes les deux au stade de Saintes, 800 mètres et j’étais au bout de ma vie ! Et nous voilà elle et moi devant le SAS dans lequel je me glisse. Plus possible de faire marche arrière !

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Le départ est donné, je tente de garder la tête froide, je regarde ma montre pour me caler sur mon allure cible.

Au 3e ou 4e km un coureur allongé sur une civière avec masque à oxygène et perfusion dans le bras, je commence à me dire que c’est trop gros pour moi, que je n’ai pas le niveau. Bref en langage de tortue angoissée j’appelle ça « mettre en boucle ma boite à flipper » ou comme mes doutes m’empêchent de courir. Je me rappelle ma séance d’hypnose et je fixe la ligne verte au sol avec comme mantra : « chaque pas me rapproche de la moquette verte de l’arrivée »! Tiens, d’autres idées noires; mes amies ayant raté le départ vont elles pouvoir retrouver Steph ? Pourquoi ne sont-elles pas là ? On avait dit au 15km. Je me sens seule, je doute.

Après le château de Vincennes, une femme pleure assise par terre avec la croix rouge, vite je dois retourner dans ma bulle.
Je décide au 17e km de mettre la musique. Je me rends compte que je n’ai pas mal aux jambes, tout est ok alors pourquoi je panique comme ça… Ah Marie et ses doutes permanents!

20e km, je les vois enfin toutes les 3, je glisse à Steph que c’est dur mais comment lui dire que c’est juste par ce que j’ai peur de ne pas y arriver ? Paradoxe de la situation à aucun moment je n’ai envisagé d’abandonner? Margaux est là aussi, elle court avec moi 200 ou 300m avec sa petite robe noire, son sac à main et ses baskets, ça fait du bien. Je les ai vu, le moral remonte, je repars, je retourne dans ma bulle comme à l’intérieur de cette ligne verte que j’essaie de ne pas quitter des yeux. Ma montre m’inquiète, elle affiche une allure 12m/km puis 14, je la stoppe et relance elle se remet à 7.50 mais l’écart entre les km au sol et elle ne cesse de s’agrandir. Depuis le début elle affiche plus de distance au début en mètres et ensuite en kilomètres …si en plus je dois courir plus NON !!

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25km, j’ai repris du poil de la bête tout «roule ».
30km au sol, ça va, je retrouve les filles, je suis reboostée , j’ai le sourire même je sais qu’il reste le plus dur à venir.

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31 km, mon câlin promis par Olivia et Captain Phoenix, ils sont là avec leur t-shirt jaune du semi de NY, je discute un peu et je repars. Je suis limite « euphorique »…
31, 32 km au sol, 35, 36km à ma montre et à ce moment-là du marathon le moral en prend un coup, mais tout semble sous contrôle au niveau des jambes. Les douleurs sont là mais comme elles se relaient gentiment je les gère plutôt bien. Mais une gêne commence à se faire sentir et devient vite une douleur extrême. Je dois réfléchir vite!

Comment canaliser cette douleur qui commence à m’envahir? Très vite je sais que c’est impossible je vais devoir la supporter, je marche à plusieurs reprises mais c’est encore pire, un monsieur m’encourage mais je ne peux pas lui dire où j’ai mal, je repars en lui souriant! Ce n’est pas glamour d’avouer que la chaleur combinée à la course ont déclenché une crise d’hémorroïde violente.

Tenir, juste tenir, à ce moment il fait chaud, très chaud, je suis super contente d’avoir pris mon camelbak, je peux boire aux ravitos et entre à peu près tous les 2.5km.

35km, le bois de Boulogne, la douleur ne me lâche pas, je n’arrive pas ouvrir une bouteille d’eau tendue par un bénévole et j’entends alors, « les pauvres ils sont à bout de force » comment leur dire à quel point je souffre mais que ma tête est ailleurs, je suis déjà heureuse parce que je sais que je vais atteindre cette ligne prometteuse de tant de joie. Tout est confus…mais je ne lâche rien, je retourne dans ma bulle, je fixe la ligne verte au sol.

40.800km, Margaux arrive tout sourire avec sa petite robe noire, son sac à main et ses baskets. C’est presque irréelle, elle prend mon sac à dos et elle m’aide à compter le nombre de tour de stade qu’il me reste à courir…toutes les 3 minutes je lui demande alors combien de tours il reste !

Je pleure comme un bébé, tout est confus, je suis déçue du chrono, en colère d’être au-dessus des 6h, j’ai terriblement mal et en même temps je suis heureuse parce que je vais aller au bout de mon rêve. C’est ce moment que choisi ma mère pour téléphoner, inquiète parce qu’elle a perdu ma trace sur internet. J’entends Margaux lui répondre que je suis toujours vivante et que je vais bien, que j’ai bientôt fini. Elle me filme, je me dis que je ne dois ressembler à rien ! Margaux court toujours à mes côtés, je ne lui ai pas assez dit combien cela m’a aidé.

Dernier rond-point, l’arche, j’entends mon prénom et elles sont là les copines; Stephanie Mumu, quel bonheur de les voir et Margaux qui court toujours à mes cotés (on l’a déjà pris pour ma fille sur certaines courses que l’on a fait ensemble) alors elle passe la ligne à mes cotés mais s’éclipse pour la photo!

Au moment où je passe la ligne une douleur dans la cuisse, mais c’est fini… je marche sur cette moquette verte que j’ai foulé à chaque pas pendant 42.195km, je récupère ma médaille et voilà je suis devenue marathonienne. Je ne suis pas certaine à ce moment précis que je comprenne bien ce que cela veut dire.
Un cri du cœur : « jamais on ne m’y reprendra, je l’ai fait et plus jamais » … mais 4 jours plus tard j’avais de nouveau mon dossard pour le prochain marathon de Paris.

Avec le recul, je n’ai pas beaucoup profité du paysage, le château de Vincennes, la Seine la Tour Eiffel, la Cathédrale, mais je l’avoue, j’étais pleinement dans ma bulle dans mon espace vital, dans la visualisation de l’arche.

Mon marathon a été une leçon pour moi, le mental peut à la fois être mon pire ennemie et mon meilleur allié et quand on sait le dompter on peut abattre des murs et celui du 30e en particulier.

Au moment où j’écris ces lignes les larmes montent, cela prouve que c’était pour moi un moment fort, la revanche d’une grosse, l’ancienne obèse qui crie au monde que c’est possible !

J’ai encore du mal à réaliser que je suis devenue une marathonienne, moi, et pas que la tortue…

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Ma-rie

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5 commentaires sur « Comment une tortue est devenue marathonienne (par Ma-rie Marathonturtle…) »

  1. Merci beaucoup Annabelle, Rohnny et firerasta pour vos retours cela me touche beaucoup . J’ai tenté de vous faire partager mon aventure en étant honnête parce qu’un Marathon est une épreuve difficile mais géniale . Prête pour le prochain …

    Aimé par 1 personne

  2. Bravo, pour les entraînements, la course, le fait d’avoir continué jusqu’à la ligne d’arrivée ! Pour ma part, je n’ai couru que 2 semi-marathons et le marathon est une distance sur laquelle je n’ose pas encore me lancer alors je suis admirative devant ceux qui parcourent ces 42.195 km.

    Aimé par 1 personne

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