le temps qui passe n’empêche pas de courir…8896 km plus tard…

Trois ans, 8 mois et 5 jours ont passé depuis ma toute première épreuve

Je m’étais déjà essayé à l’écriture d’un premier gribouilli sur le sujet du temps qui passe, j’avais réitéré l’exercice quelques mois plus tard et  ma réflexion ne se tarissant pas, en voici donc un 3ème …

8896 km plus tard, Qu’en est-il aujourd’hui de ma réflexion quand à mon moi-runneuse désormais quinquagénaire?

Il est bien évident que depuis mes « débuts » j’ai effectivement pris presque 4 ans dans les dents, ça je ne peux pas le nier…les marque du temps s’impriment plus vite une fois la cinquantaine passée, tout  s’accélère (sauf mon tempo), au propre, comme au figuré…mon visage, déjà façon tête de piaf, s’est creusé un peu plus à force de cumuler les kilomètres, mes pieds qui n’étaient déjà pas très beaux sont encore plus moches, et j’ai parfois bien du mal à me relever de mon tapis de sol ou à changer de position quand je me contorsionne sur mon foam-roller, ce qui me vaut quelques fous rire car mieux vaux ça, qu’en pleurer…Parfois je sens ma nuque qui grince et Clémentine, ma gentille ostéo trouve que je manque un peu de souplesse désormais…n’empêche que je fais toujours mes squats (entre autres) chaque matin avant d’aller courir, tout le monde ne peut pas en dire (ou en faire) autant alors je ne me plains pas…

Oui, j’ai pris 4 ans dans les dents mais ça ne me dérange pas, au contraire, car pour moi c’est toujours autant le fun de vieillir en courant, on en apprend tant sur soi lorsque l’on est en mouvement…plus le temps passe, plus je cours…plus je cours et moins je me blesse…j’en suis là parce que j’accepte ma VMA qui n’est plus celle de ma jeunesse, ce qui ne m’empêche pas de travailler à la rendre un peu meilleure, au mieux… ou au pire, à faire en sorte qu’elle ne dégringole pas trop…

Courir n’est plus un défi mais une routine journalière…mon défi, est ailleurs, il est de continuer à prendre du plaisir en courant tout en acceptant de progresser autrement que par le chrono…il pourrait m’être douloureux de me dire que courir un marathon en moins de 4h ne m’arrivera probablement jamais ou  qu’un RP de 57′ et des bananes sur mon dernier 10km laisse peu de marge pour ne jamais plus me voir repasser au dessus de l’heure, mais je suis bien trop heureuse d’avoir la possibilité de courir aussi assidument pour gâcher mon plaisir avec des considérations chronométriques qui n’ont d’importances que celles qu’ont leur accorde…

Je me félicite chaque jour d’avoir pris ce chemin de vie, qui me conduit jour après jour, à la rencontre de moi même, chaussée de mes runnings…à la rencontre de moi même mais pas seulement… à la rencontre des autres aussi, car sortie après sortie,à traverser plusieurs fois par jour les ruelles et les chemins de vigne de mon village, je tisse du lien social, j’ai plutôt le run heureux… à la rencontre de mon couple également puisque coach-chéri et moi même partageons désormais le même plaisir à courir…

Au fond, l’age n’a plus aucune importance pour moi, j’ai totalement assimilé et accepté le fait que je suis sur une pente légèrement savonneuse et qu’il me sera impossible de remonter le temps…et  ce qui compte pour moi aujourd’hui c’est de quelle manière je me comporte sur ce chemin là, celui qui conduit à ma propre vieillesse déjà un peu amorcée et à ma propre mort….Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour courir encore et encore, peu importe à quelle allure, du moment que je cours, jusqu’à la fin…Coach-chéri m’ayant rejoint sur ce terrain de jeu nous avons désormais des projets communs liés à la course à pieds, comme par exemple,  participer à un 6h l’an prochain… le dernier projet en date, étant de courir un marathon en 2053, lui aura 83 ans, moi 88 et nous tenterons de passer la ligne d’arrivée main dans la main…

8896 km plus tard, voilà où j’en suis dans ma pratique sportive…du plaisir, du fun, de la sérénité et pas mal de projet running à réaliser….je continue à penser que vieillir n’empêche pas de courir…

Semaine 19….

Lundi 8 mai: 10km

Mardi 9 mai : 10,1km

Mercredi 10 mai: OFF sur le plan du running mais au programme du jour tout de même; une belle séance de renforcement musculaire suivie d’une séance complète d’étirement

  • squat-15
  • crunch-3×27
  • planche latérale-2×1′
  • pont-15
  • travail du dos avec haltères-4×15
  • superman au sol-15
  • superman avec un swiss-ball-15

Jeudi 11 mai: 10,3km

vendredi 12 mai: 10,2km

samedi 13 mai : 10,2km

dimanche 14 mai: sortie « longue » 16,2km

Une semaine tranquille pour me remettre en douceur du marathon d’Albi, avec des sorties à allure lente, sans regarder le chrono et en terrain légèrement vallonné,…la semaine  s’achève avec 67km au compteur…

et maintenant… on fait quoi?…

Le marathon d’Albi étant passé et le prochain (la rochelle 2017) n’étant que dans 6 mois, je compte relâcher un peu la pression sur le travail de vitesse tout en veillant  à retrouver un kilométrage un peu plus conséquent, ce dernier ayant été un peu (trop à mon gout) allégé en fin de prépa…

Après une semaine de runs riquiquis post-marathon d’Albi, je reprends dès aujourd’hui un rythme de 6 sorties/semaine exclusivement en EF et ce, au moins jusqu’au semi-marathon du pont rouge qui aura lieu en fin de mois et pour lequel je n’aurais aucun objectif chrono…ensuite il y aura les 3h de Bellegarde, raison de plus pour conserver le fond acquis ces dernier mois, j’ajouterais alors à mon entrainement certainement un peu d’AS 3h… puis arrivera l’heure du Marvejols-Mende pour lequel je travaillerais surtout le D+… il y a aura ensuite quelques courses courtes et plus ou moins festives d’ici la prochaine prépa marathon qui commencera probablement fin septembre ou début octobre…

Pour l’heure, mes prochains entrainements seront donc essentiellement axés sur le fond (qui m’a cruellement manqué sur le marathon d’Albi) et rien que le fond …je souhaite courir  sans pression, en toute décontraction, sans regarder ma montre, longtemps et doucement….Pour résumer je ne prévois donc pas de travail spécifique avant plusieurs mois mais pour que ce travail spécifique à venir se fasse de façon optimum je gère mon entrainement en amont et je cours dans cette optique…

 

semaines 17 & 18

Semaine 17 (#S18 prépa marathon)

Lundi 24 avril: 10km en footing très lent

Mercredi 26 Avril: 3km d’échauffement puis 2×3000 en AS 42 r3′ Rc 3km

ma séance tempo sur strava

Jeudi 27 avril: easy run 10 km puis 5 LD

Vendredi 28 avril: OFF

Samedi 29 Avril: OFF

Dimanche 30 avril : Marathon d’Albi

La semaine s’achève avec 76km au compteur…

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Semaine 18:

Lundi 1 mai : 6,2km

mardi 2 mai: 6,3km

mercredi 3 mai: 6,3km

jeudi 4 mai: OFF

vendredi 5 mai: 6,3km

samedi 6 mai: 6,6km

dimanche7 mai: 6,3km

Cette semaine de régénération post-marathon se termine avec 37,88 km au compteur…

Comment une tortue est devenue marathonienne (par Ma-rie Marathonturtle…)

J’avais envie depuis longtemps d’ouvrir les portes de mon blog à qui voudrait bien y laisser un récit de course…Ma-Rie s’est prêté au jeu, pour mon plus grand plaisir…elle nous raconte ici son 1er marathon, qui a eu lieu en Avril, il s’agissait donc, vous l’aurez compris, du Marathon de Paris 2017….

Vous pouvez bien sur laisser des commentaires sous son billet et vous pourrez aussi retrouver Ma-rie sur Facebook ou sur twitter

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Comment une tortue est devenue marathonienne.

Malgré les remarques de mon entourage, j’ai décidé de me lancer ce défi un peu fou de courir le marathon de Paris.

Après une préparation pas évidente entre blessure, deuil et nouveau poste, il m’a fallu une bonne dose de motivation et j’avoue aussi de repli sur moi pour la mener à son terme mais j’ai adoré ça.

Mon entraineur m’a fait un plan que j’ai trouvé agréable à suivre. Agréable ne voulant pas dire facile mais dans lequel je me suis sentie bien. J’ai adoré les sorties longues, au bout d’1h30 j’étais déjà épuisée mais sereine et le sentiment d’être là où je devais être!

Bref je ne change pas pour autant donc me voilà le samedi 8 avril au matin dans le train avec Stephanie Laure pour Paris en essayant de garder le sourire mais la peur logée au fond de mon estomac. A Niort je retrouve une amie de mon club qui prépare le marathon de Prague, elle tente de me rassurer et de me faire valider que je n’ai qu’un seul objectif finir, ce marathon et rien d’autre, et que par conséquence je ne devais pas me mettre la pression. Bref pendant tout le trajet, une obsession récupérer mon dossard, 1ere étape angoissante pour l’apprentie marathonienne. Apres un rapide repas fait de pâtes et de jambon de poulet, rejointe pas Mumu, un autre amie, nous voilà partie pour le salon du running pour récupérer le précieux sésame. Une queue démesurée, un moment de panique vais-je avoir mon dossard avant 19h00 je précise, il n’était que 15h00 mais quand la peur est là tout est prétexte à la voir ressurgir sous des formes diverses et variées.

Mon précieux dossard dans les mains j’ai pu enfin faire redescendre la pression ….

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Le 9 avril, le réveil a sonné à 6h00 pour être certaine d’avoir bien digéré mon petit déjeuner avant de prendre le départ. Les copines avec qui j’étais venue à Paris émergent en ordre dispersé et finalement une seule m’accompagne au départ.
Je n’en menais pas large… Steph tentait comme elle le pouvait de me changer les idées, de me rappeler le chemin parcouru depuis notre 1er tour de piste à toutes les deux au stade de Saintes, 800 mètres et j’étais au bout de ma vie ! Et nous voilà elle et moi devant le SAS dans lequel je me glisse. Plus possible de faire marche arrière !

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Le départ est donné, je tente de garder la tête froide, je regarde ma montre pour me caler sur mon allure cible.

Au 3e ou 4e km un coureur allongé sur une civière avec masque à oxygène et perfusion dans le bras, je commence à me dire que c’est trop gros pour moi, que je n’ai pas le niveau. Bref en langage de tortue angoissée j’appelle ça « mettre en boucle ma boite à flipper » ou comme mes doutes m’empêchent de courir. Je me rappelle ma séance d’hypnose et je fixe la ligne verte au sol avec comme mantra : « chaque pas me rapproche de la moquette verte de l’arrivée »! Tiens, d’autres idées noires; mes amies ayant raté le départ vont elles pouvoir retrouver Steph ? Pourquoi ne sont-elles pas là ? On avait dit au 15km. Je me sens seule, je doute.

Après le château de Vincennes, une femme pleure assise par terre avec la croix rouge, vite je dois retourner dans ma bulle.
Je décide au 17e km de mettre la musique. Je me rends compte que je n’ai pas mal aux jambes, tout est ok alors pourquoi je panique comme ça… Ah Marie et ses doutes permanents!

20e km, je les vois enfin toutes les 3, je glisse à Steph que c’est dur mais comment lui dire que c’est juste par ce que j’ai peur de ne pas y arriver ? Paradoxe de la situation à aucun moment je n’ai envisagé d’abandonner? Margaux est là aussi, elle court avec moi 200 ou 300m avec sa petite robe noire, son sac à main et ses baskets, ça fait du bien. Je les ai vu, le moral remonte, je repars, je retourne dans ma bulle comme à l’intérieur de cette ligne verte que j’essaie de ne pas quitter des yeux. Ma montre m’inquiète, elle affiche une allure 12m/km puis 14, je la stoppe et relance elle se remet à 7.50 mais l’écart entre les km au sol et elle ne cesse de s’agrandir. Depuis le début elle affiche plus de distance au début en mètres et ensuite en kilomètres …si en plus je dois courir plus NON !!

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25km, j’ai repris du poil de la bête tout «roule ».
30km au sol, ça va, je retrouve les filles, je suis reboostée , j’ai le sourire même je sais qu’il reste le plus dur à venir.

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31 km, mon câlin promis par Olivia et Captain Phoenix, ils sont là avec leur t-shirt jaune du semi de NY, je discute un peu et je repars. Je suis limite « euphorique »…
31, 32 km au sol, 35, 36km à ma montre et à ce moment-là du marathon le moral en prend un coup, mais tout semble sous contrôle au niveau des jambes. Les douleurs sont là mais comme elles se relaient gentiment je les gère plutôt bien. Mais une gêne commence à se faire sentir et devient vite une douleur extrême. Je dois réfléchir vite!

Comment canaliser cette douleur qui commence à m’envahir? Très vite je sais que c’est impossible je vais devoir la supporter, je marche à plusieurs reprises mais c’est encore pire, un monsieur m’encourage mais je ne peux pas lui dire où j’ai mal, je repars en lui souriant! Ce n’est pas glamour d’avouer que la chaleur combinée à la course ont déclenché une crise d’hémorroïde violente.

Tenir, juste tenir, à ce moment il fait chaud, très chaud, je suis super contente d’avoir pris mon camelbak, je peux boire aux ravitos et entre à peu près tous les 2.5km.

35km, le bois de Boulogne, la douleur ne me lâche pas, je n’arrive pas ouvrir une bouteille d’eau tendue par un bénévole et j’entends alors, « les pauvres ils sont à bout de force » comment leur dire à quel point je souffre mais que ma tête est ailleurs, je suis déjà heureuse parce que je sais que je vais atteindre cette ligne prometteuse de tant de joie. Tout est confus…mais je ne lâche rien, je retourne dans ma bulle, je fixe la ligne verte au sol.

40.800km, Margaux arrive tout sourire avec sa petite robe noire, son sac à main et ses baskets. C’est presque irréelle, elle prend mon sac à dos et elle m’aide à compter le nombre de tour de stade qu’il me reste à courir…toutes les 3 minutes je lui demande alors combien de tours il reste !

Je pleure comme un bébé, tout est confus, je suis déçue du chrono, en colère d’être au-dessus des 6h, j’ai terriblement mal et en même temps je suis heureuse parce que je vais aller au bout de mon rêve. C’est ce moment que choisi ma mère pour téléphoner, inquiète parce qu’elle a perdu ma trace sur internet. J’entends Margaux lui répondre que je suis toujours vivante et que je vais bien, que j’ai bientôt fini. Elle me filme, je me dis que je ne dois ressembler à rien ! Margaux court toujours à mes côtés, je ne lui ai pas assez dit combien cela m’a aidé.

Dernier rond-point, l’arche, j’entends mon prénom et elles sont là les copines; Stephanie Mumu, quel bonheur de les voir et Margaux qui court toujours à mes cotés (on l’a déjà pris pour ma fille sur certaines courses que l’on a fait ensemble) alors elle passe la ligne à mes cotés mais s’éclipse pour la photo!

Au moment où je passe la ligne une douleur dans la cuisse, mais c’est fini… je marche sur cette moquette verte que j’ai foulé à chaque pas pendant 42.195km, je récupère ma médaille et voilà je suis devenue marathonienne. Je ne suis pas certaine à ce moment précis que je comprenne bien ce que cela veut dire.
Un cri du cœur : « jamais on ne m’y reprendra, je l’ai fait et plus jamais » … mais 4 jours plus tard j’avais de nouveau mon dossard pour le prochain marathon de Paris.

Avec le recul, je n’ai pas beaucoup profité du paysage, le château de Vincennes, la Seine la Tour Eiffel, la Cathédrale, mais je l’avoue, j’étais pleinement dans ma bulle dans mon espace vital, dans la visualisation de l’arche.

Mon marathon a été une leçon pour moi, le mental peut à la fois être mon pire ennemie et mon meilleur allié et quand on sait le dompter on peut abattre des murs et celui du 30e en particulier.

Au moment où j’écris ces lignes les larmes montent, cela prouve que c’était pour moi un moment fort, la revanche d’une grosse, l’ancienne obèse qui crie au monde que c’est possible !

J’ai encore du mal à réaliser que je suis devenue une marathonienne, moi, et pas que la tortue…

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Ma-rie

Marathon d’Albi 2017…mon CR….

L’avant course

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Nous nous sommes levé à 3h30 du matin, la nuit fut très courte… départ à 4h30 pour parcourir des petites routes sinueuses jusqu’à Albi…je prévois comme l’an passé de déjeuner en voiture, j’embarque donc ma crème sport mais comme l’an dernier, rien ne passe… j’arrive à Albi avec le coeur au bord des lèvres, malade comme un chien… nous sommes sur le site de la course, plutôt en avance, il nous faudra donc attendre un peu pour la remise des dossards, ce n’est pas grave, nous allons et venons, ici ou là….je reconnais et salues le monsieur avec lequel j’ai terminé la course l’an passé puis j’échange quelques mots fort sympathiques avec le responsable de l’épreuve….nous décidons de retourner à la voiture pour nous mettre un peu au chaud avant de  reprendre nos licences en main pour retourner ensuite au village marathon…et là, c’est le drame…mon pass-running n’est plus dans mon sac, ni dans mes mains, ni dans mes poches, bref, j’ai perdu mon pass-running…branle-bas de combat, nous refaisons le parcours de tout à l’heure, à l’envers… toujours rien, je pars demander à une gentille bénévole qui distribue les dossards si personne ne lui a ramené mon pass-running, bingo! tout est à nouveau sous contrôle, le coup de chaud est passé…nous retrouvons mary et sa petite famille, le temps passe vite, il est déjà presque l’heure du départ…voici franck qui apparait…on se dit qu’on a une chance folle, que le temps va être magnifique, pas trop chaud, pas de vent…et c’est justement à ce moment là que ça commence à souffler…

la course

le départ est commun pour les semi-marathoniens et les marathoniens, je pars du fond et à jeun…dès le début je suis dans le rythme que je me suis fixé mais il me faudra quelques minutes pour être pleinement dans la course…nous allons passer sur une allée pleine de platanes perdant leurs pollens…beaucoup de coureurs s’étouffent, toussent, crachent, larmoient et s’arrêtent pour reprendre leurs esprits, je continue ma route imperturbable..

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crédit photo: Cyril, le chéri de marie

Je commence à me sentir vraiment à l’aise et à ressentir le bonheur d’être là, à courir dans ce joli décors albigeois…les kilomètres défilent, un peu lentement à mon gout mais je tiens à respecter l’allure que je me suis fixé, sur ce point je suis totalement à l’aise, je me sens en confiance, bref, ce n’est que du bonheur…je passe le km 10 en 1h03’31 » (temps prévu sur mon bracelet 1h03″45″) autant dire que je frise la perfection quand à mon tempo…nous sommes sortis de la ville depuis longtemps maintenant et nous sommes donc en pleine campagne…en face arrivent les « semi » qui ont déjà fait leur demi-tour, l’ambiance est détendue et joyeuse, beaucoup, comme moi, attendent de voir un coureur connu arrivant en sens inverse, de l’autre coté de la chaussée…voilà franck à qui je tape la main…un peu plus tard mon coach-chéri…et puis voilà mary, tout sourire…

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crédit photo: marie

je continue ma route encore bien entourée de dossards bleus ou roses et puis la séparation se fait entre les différents formats de course…me voilà un peu plus seule à présent…je me sens toujours très bien et je suis toujours dans un bon tempo…je mesure la chance que j’ai d’être là, je suis bien…je continue d’avancer, à l’aise et voici le 1er tunnel de montagne, long de près d’un km…je m’y engouffre, il y fait noir comme dans un four, je n’ai plus aucun repère, je vois  peu ou même pas du tout  où je pose mes pieds, la sensation est grisante (peut être angoissante pour d’autres, c’est véritablement une expèrience personnelle) et j’adore cette  impression éphémère (et un tantinet virtuelle) de courir vite…à nouveau l’air libre, la lumière, la chaleur et le vent de face (ce dernier ne m’avait pas quitté, même sous le tunnel, va comprendre)…je sors de là toute guillerette, je « kiffe grave » ce marathon , les paysages sont magnifiques, les bénévoles nombreux et adorables, le vent souffle mais ne me gène pas, je garde le rythme, je suis bien, tout va bien, même pas une petite envie de faire PIliPIli pour ternir ce tableau idyllique…je suis entrain de vivre un marathon de rêve, je m’engouffre dans le deuxième tunnel et j’en ressors toujours heureuse….j’ai maintenant un vent de face qui s’est bien manifestement renforcé et je passe le semi en 2h18’35 » (temps cible 2h15’07 » ) …je constate que j’ai un peu de retard mais rien de bien méchant, il me reste environ 1km à lutter contre ce phénomène météorologique avant de faire demi tour, j’aurais alors parcouru un peu plus de la 1ère moitié de ce marathon (soit 22km), j’aborderais cette  deuxième moitié déjà un peu entamée, vent de dos, je rattraperais mon retard, ça va être encore plus le kif….youhouuuu!!!

Je fais mon demi tour devant des bénévoles adorables et sympathiques prenant  note au passage de mon n° de dossard….je parcours environ 200m et là….bim, bam, boum, des briquettes provenant probablement du mur du 30ème commencent à pleuvoir au dedans de ma caboche…

Bienvenue en marathonie…

Toute ma ceinture abdominale est contractée, je tâte et je sens mes abdos durs comme du bois, l’image qui me vient immédiatement à l’esprit ce sont ceux ( les abdos)  de Bruce Lee…ben ouai et tout ça n’est pas de bon augure… et pardon pour la référence sportive datée, mais je suis née en 1965..donc ce sera Bruce Lee…

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Donc j’en suis à me demander ce que viennent faire les abdos de Bruce Lee dans mon parcours puis mon cerveau dévie, parce que en plus d’avoir des abdos bétonnés, voilà qu’arrive un point de coté de la mort qui tue et même pas du bon coté en plus, bref….mon allure se dégrade, mon mental en prend en coup et j’apprends alors à courir un marathon en appuyant là où ça fait mal dans l’espoir que ça passe…et ça passe…mais ça revient dès que je relâche la pression digitale…je vais courir un moment comme ça, je ne sais pas combien de km au juste, le plaisir n’est plus vraiment au rendez vous, je suis seule, j’ai mal au ventre…et pour couronner le tout, pendant quelques minutes mon esprit me jouera des tours à me faire croire que mes doigts de pieds se sont liquéfié…hé ouai ça se passe comme ça en marathonie, parfois, tu y vis de drôles de chose…

Je suis dans un espace temps très étrange, je ne me sens pas fatiguée, simplement je n’avance plus pis j’en ai raz la carafe, alors de temps en temps, je m’arrête, puis je repars, puis je m’arrête à nouveau parce que héhoheinbon, ça va bien là!  on s’en fout du marathon après tout…l’arche d’arrivée OSEF aussi…rien à cirer…puis je me ressaisis, bref, je fais le yoyo un bon bout de temps…je reprends les tunnels sombres et noirs tout dégoulinant de flotte, si kiffants dans l’autre sens mais devenus maintenant si anxiogènes…chaque fois que je stoppe ma course pour respirer un peu, j’arrête le chrono… avec ma Garmin aussi je fais donc le yoyo, parfois je ne sais même plus si le chrono est en route ou non alors j’appuie dessus, au hasard…bref, je défonce comme je peux et au fur et à mesure, le mur qui se dresse devant moi… je passe le 30me en 3h24’28 » (temps cible 3h13’32 ») …j’en bave tellement que j’en oublie l’essentiel, et ça je t’en parlerais  plus bas dans le récit, pour l’heure donc, j’essaye de survivre, je m’arrête désormais à chaque ravito pour manger un bout de banane et stocker au passage, dans un coin de ma tête, les paroles bienveillantes et réconfortantes de tout ces si gentils bénévoles….

A coup de potassium « bananèsque » mes douleurs aux abdos et mon pseudo point de coté ont fini par se faire oublier, un peu…j’avance difficilement, j’échafaude des plans pour me soustraire à mon obligation de terminer ce marathon, ça me distrait, pendant ce temps là, j’oublie que je suis mentalement au plus mal et je continue d’avancer…mais à présent,  le 30ème étant passé, et alors que d’habitude à ce stade de l’épreuve je me sens toujours mieux,  pour l’heure, ça va de mal en pis… je sers les dents, je bouffe de la brique de mur de marathonien jusqu’au 37ème où là, dans un sursaut de je ne sais quoi j’essaie de me convaincre que c’est bientôt fini…tu parles, quand tu te tapes le mur, ben ma cocotte, c’est jusqu’au bout on dirait…c’est bien fait pour ta pomme, tu payes un déficit d’entrainement…à moins que ce ne soit le  départ à jeun , pourtant je n’ai pas faim…ou bien le choix des chaussures….

A force de souffrir j’ai quand même fini par avancer…un peu…et voilà que me vient, alors que j’essaie de calculer le temps que je ferais sur ce fichu marathon ( si toutefois  je parviens au bout)  la question qui tue: au fait, ça fait combien de kilomètre un marathon? 41 ou 42? …bon, pour les  derniers 195m je sais, mais pour le reste je ne me souviens plus et c’est très embêtant pour mes calculs ça, car vois tu, je suis peut être présentement en train de me défoncer la callebasse contre un mur mais n’empêche que j’aimerais bien ne pas faire plus de 5h…avec un marathon de 41km, ouaip, ça peut le faire, si je me reprends un peu…

Je me suis donc un peu ressaisie, je double un jeune homme qui marche et qui me dit qu’il ne peut plus courir, qu’il est blindé de crampe, je lui propose de la  sportenine et je continue ma route chaotique…je demande en chemin, aux bénévoles, le kilométrage qui me sépare de l’arrive…

« presque rien, 4km. »

puis plus loin encore: 

« presque rien 4km »

encore une fois mais avec une réponse différente:

« 4,5km »

Je cours à reculons, c’est officiel…je m’épanche alors auprès de qui veut bien m’entendre:

« j’en peux plus, raz le bol » 

on me remonte les bretelles:

« oh! tu en as fait 38, tu peux bien en faire 4 de plus »

De fil en aiguille j’arrive sur cette longue ligne droite qui annonce l’entrée du stadium où bientôt  je devrais faire alors une partie du tour de piste afin de  passer l’arche…je demande aux coureurs qui ont fini et qui repartent tranquillement combien de mètres il me reste avant l’entrée du stade:

« 800m »

« je ne te crois pas »

« si si, 800m! allez!!! go!!!! »

Je m’exécute, en grommelant que ça fait bien 1heure qu’on me dit qu’il ne me reste que 800m…puis j’entre dans le stade…

Je ne suis que souffrance depuis 2h30 mais dans un sursaut d’orgueil, regardant ma montre et sachant que c’est tout de même bien mal engagé, je tente malgré tout le sub 5h …j’accélère…coach-chéri me dira plus tard qu’il a trouvé ça bien étonnant…je mets ridiculement  mes dernières forces dans la bataille, je vois à ma montre 4h59 et des bananes, je sais que c’est mort pour les sub 5h que j’échange contre un sub 5h01, ça je peux, je le sais, alors je me jette à corps perdu dans la dernière ligne droite, c’est sans conteste un moment un peu pathétique mais je m’en moque…ça y est, j’y suis, à ma montre je passe l’arche en moins de 5h01′, c’est  terminé! mais c’est sans compter mes arrêts de chrono qui faussent donc le résultat annoncé à  ma montre, je ne le comprendrais que bien plus tard …à ce moment là d’ailleurs, le chrono, je m’en fiche un peu finalement, je m’affale sur une barrière de sécurité et je pleure toutes les larmes de mon corps….je ne pleure pas de dépit à cause de ce chrono dont je me moque éperdument à cet instant précis, je ne pleure pas de douleur, je vais bien, c’est fini..nan, je pleure d’effroi au regard de toute la détresse morale et physique que je viens de vivre pour boucler, dans la souffrance , ce 4ème marathon, à presque 52 ans…

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credit photo: coach-chéri

 

Le mot de la fin

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après l’effort, le réconfort…

Puisque je n’avais aucune trace de courbature ni aucune autres douleurs, pas plus que je ne souffrais d’un surplus de fatigue musculaire, j’ai repris l’entrainement dès le lendemain de ce marathon et ce même jour, le lundi 1er mai donc,  je me suis aussi inscrite au marathon de la Rochelle qui aura lieu fin novembre, je n’en ai donc pas fini avec cette distance…je ne suis ni déçue, ni triste, ni frustrée de ce chrono, je n’ai pas le sentiment de m’être loupée, j’ai juste vécue un marathon beaucoup plus difficile que les 3 précédents, rien de plus…

Je suis heureuse de l’avoir fait, je suis heureuse de l’avoir bouclé, je ne perds pas de vue que c’est un marathon un peu spécial et difficile (de par ses spécificités et de par son profil)  pour la modeste runneuse que je suis, j’espère faire mieux une prochaine fois, j’essaierais en tout cas…

Merci aux organisateurs, aux bénévoles et à toutes les personnes présentes sur le parcours qui ont veillé à notre bien être…merci à tous ces kinés et autres chiropracteurs, présents à Albi, qui ont œuvré pendant des heures avec beaucoup d’amour et de patience pour que les coureurs amateurs que nous sommes puissent bénéficier gracieusement d’une récupération optimum…je reviendrais à Albi, c’est certain….

Captureresultatalbi2017